Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 11:19
 
  Pendant que le peuple se divertit (au sens de Blaise Pascal) en regardant la belle histoire d'Ingrid Bétancourt à la télé, le gouvernement et sa majorité parlementaire continuent consciencieusement à saper le code du travail et les droits des salariés. Dernier fait d'armes: avoir fait exploser cette nuit le temps de travail des cadres, sans droit à compensation sous forme de congés ! (*)

  Contrairement à ce qu'on croit parfois, ce ne sont pas les actifs fascinés par le slogan "Travailler plus pour gagner plus!" qui ont voté pour Sarkozy mais les inactifs et les retraités. Ainsi des gens retirés du marché du travail ont cru comprendre mieux que les premiers concernés ce qui était bon pour eux. On n'a pas fini de payer leur erreur à leur place !

  Le plus inquiétant, c'est que l'on ne revient pas seulement sur des droits acquis depuis les Trente Glorieuses, on revient aussi sur des droits acquis à la Libération (on connaît d'ailleurs la phrase d'un cynisme assumé et désormais célèbre de ce patron qui a déclaré l'année dernière que l'enjeu consistait à "défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance") mais aussi sur des droits acquis en 1919 (journée de 8 heures) voire avant la Première Guerre mondiale (dimanche, jour chômé obligatoire = 1906). La croissance de la main d'oeuvre très bon marché et de plus en plus qualifiée des pays émergents (particulièrement Chine et Inde) y est sans doute pour quelque chose. Mais ce serait trop facile d'expliquer cette régression par la seule mondialisation. On sait que des pays développés parviennent à maintenir de hauts niveaux de droits et de protections tout en restant prospères et compétitifs.

    Non, il y a quelque chose de très français dans cette hargne à tout casser, à instaurer une lutte des classes à l'envers, des riches contre les pauvres, des rentiers contre les salariés. Cette morgue existait déjà à la Restauration après 1815 ou dans les années 1930 contre toute tentative de progrès social...

 
   (*) AJOUT (13h56): comme les médias semblent avoir du retard à l'allumage au sujet de l'incroyable régression sociale entérinée cette nuit, rappelons qu'il est question de permettre l'augmentation du forfait-jour pour les cadres et professions dont la comptabilisation horaire du temps de travail est malaisée (ex: VRP) jusqu'à un maximum de 235 jours annuels. Ce qui revient à ne laisser par an que les 5 semaines légales de congés-payés + le 1er Mai (les autres jours-fériés disparaissent ?!?). Rappelons aussi que dans le cadre du forfait-jour il est légal de faire travailler quelqu'un jusqu'à 13 heures par jour. Avec cette réforme, tout repos compensatoire pourrait passer à la trappe... Enfin cerise sur le gâteau: il est prévu de permettre l'extension de ce merveilleux statut à de nouvelles catégories de salariés dites "autonomes dans leur travail", donc bien au-delà de la catégorie des cadres.
 
La première loi en France à avoir limité le temps de travail pour les adultes date de 1848. Elle fixait un maximum de 10 ou 11 heures par jour !

   2e AJOUT (16h24): de mieux en mieux ! La loi qui vient d'être adoptée permettra d'aller au-delà de 235 jours. Je cite: "Un plafond annuel de 235 jours est fixé pour les salariés travaillant au forfait. Un accord d'entreprise peut néanmoins prévoir d'aller au-delà du plafond." Bref, comme le voulait le gouvernement, le seul plafond serait 282 jours, ce qui laisserait 83 jours libres dans l'année (52 dimanches + 5 semaines de congés payés). Plus de samedis !!!
Par fer - Publié dans : Société
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