Jeudi 10 juillet 2008
   Je reviens sur la question soulevée hier de la présence de deux têtes des institutions européennes au Conseil national de l'UMP.

   Certains haussent les épaules estimant qu'il est de notoriété publique que ces personnages sont de droite comme Sarkozy et qu'il est donc normal qu'ils se réjouissent ensemble. Ce à quoi je répondais par les nécessités de leur fonction.
   D'autres rétorquent alors à juste titre que ni le Président de la Commission, ni le Président du Parlement européen ne sont des fonctionnaires européens tenus au devoir de réserve, ce seraient des hommes politiques comme les autres, actuellement déjà en campagne pour les élections européennes de juin 2009, membres du PPE, et donc naturellement présents dans une réunion d'un parti-frère comme l'UMP. Sur le blog de Jean Quatremer, voilà ce qu'écrit par exemple un des intervenants:
             " Ce à quoi vous assistez est la mise en ordre de bataille du PPE pour élaborer un programme de gouvernement de l'UE pour la prochaine législature et constituer son "ticket", c'est à dire ses candidats au gouvernement de l'UE. Ils vont aller aux élections avec ce programme et, si ils gagnent, ils constitueront la prochaine Commission et mettront leur programme en oeuvre avec leurs élus aux manettes. " (Maragojipe)

   Je crois que ce genre de raisonnement oublie un point essentiel: l'Union Européenne n'est pas (encore?) un Etat. C'est une sorte de monstre juridique, une "fédération d'Etat-Nations", un janus, dont l'une des faces s'apparente à un Etat fédéral (et dans ce cas, pas de problème à raisonner ainsi) et dont l'autre face s'apparente à une institution internationale de concertation étroite entre Etats-Nations indépendants (et là, le raisonnement ne tient plus la route). Il se trouve en outre que cet édifice est actuellement menacé, qu'il est remis en cause de toutes parts. L'euroscepticisme qui était essentiellement cantonné à la droite souverainiste s'est répandu à gauche. C'est la grande nouveauté des années 2000. Ici même je tentais récemment d'argumenter face au Non de gauche, très populaire dans la jeunesse.

  Comment dans un tel contexte, faire de la politique comme si de rien n'était ? Quand l'édifice lui-même est menacé de s'écrouler ? Peut-on organiser une surprise-partie dans une salle au plancher vermoulu ? Barroso a déjà montré à plusieurs reprises son manque de sens politique, Barroso n'a pas vu venir le NON français, il l'a même alimenté par ses déclarations intempestives. Et aujourd'hui, il applaudit et s'esclaffe quand Sarkozy affirme que l'Europe (notez bien: pas "le PPE" ou "la droite européenne", mais "l'Europe" pris comme entité générique!) est le meilleur rempart contre le socialo-communisme !
 
  Mais alors si l'Europe est ce rempart anti-gauche, comment ne pas comprendre que la gauche réclame demain son démantèlement pur et simple ?! Chouard et consorts nous ont expliqué que voter pour la Constitution européenne, c'était graver dans le marbre les principes d'une Europe libérale, dominée par les logiques de marché. Nous répondions que l'important était de fixer un cadre pour pouvoir ensuite l'investir puis le transformer de l'intérieur. Que répondre aujourd'hui ? Que Sarkozy dit n'importe quoi ? Mais alors pourquoi Barroso et Pöttering l'applaudissent à tout rompre ??!

  Franchement, c'est à désespérer de tout !

Par fer - Publié dans : Europe
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