Lundi 14 juillet 2008

  
    "En matière de démantèlement de l'Etat, désormais les libéraux touchent l'os  : ils ont tant privatisé qu'il ne leur reste plus que la police, la justice et l'armée",

  voici de mémoire ce qu'écrivait il y a quelques mois un analyste des politiques publiques américaines (1) . Si je me souviens bien, il continuait en montrant comment l'appel à des compagnies privées de sécurité, en Irak notamment, est une preuve de la continuation du processus infernal de démantèlement.

    En France, nous n'en sommes pas encore là mais ici aussi le processus continue et on s'attaque désormais aux ultimes noyaux durs: la Poste, la SNCF et dans une moindre mesure l'école, la recherche et la santé.

    Le scénario est désormais bien rôdé :

   1. on commence subrepticement à s'entendre entre Etats, lors d'un quelconque Conseil européen (2), pour adopter une directive européenne visant à améliorer le marché intérieur dans tel ou tel domaine (sans que l'on cherche vraiment à expliquer au public pourquoi tel ou tel secteur relèverait du "marché", ni surtout pas à lui demander son avis sur la question); cette directive fixe des dates-limites à moyen terme pour une ouverture de ces "marchés" à la concurrence; 

    2. face à cette perspective, les directions des "services publics" en question décident de "se préparer" en se comportant de plus en plus comme des "entreprises" (et pas n'importe quel genre d'entreprise, les pires qui existent, à savoir les géants monopolistiques): logique commerciale en France (recherche prioritaire de la rentabilité, perte de la notion de service aux citoyens) et agressivité prédatrice à l'étranger (nos géants publics se mettent à jouer au Monopoly un peu partout en Europe: s'implantant et rachetant des entreprises là où le marché est déjà dérégulé);

   3. dans le même temps, déclarations lénifiantes voire engagements solennels vis-à-vis des syndicats et des Français (en général, majoritairement inquiets et hostiles au processus): "toute privatisation est exclue", "notre but est de rendre le service public plus fort et plus compétitif" etc... etc...
 
   S'enclenche alors la dernière phase: elle est généralement précédée d'une intense campagne de communication de préparation dont le message, comme dans Orwell, doit se comprendre exactement à l'inverse. Exemples :
   France Télécom 1999: "Nous allons vous faire aimer l'an 2000 !" (comprendre: vous allez déguster !)
   EDF 2005 (?): "Nous vous devons plus que la lumière"
(comprendre: on va se faire un max de blé sur votre dos !)
   La Poste 2007: "Et la confiance grandit!"
(comprendre: méfiez-vous, on va vous faire des coups en douce !)
 
 
    Dans le même temps, le service public devenu entreprise entre en bourse et l'Etat ne tarde pas à en céder une partie du capital: au début pas beaucoup: 5-10 % (lors de cette première ouverture très médiatisée on continue à jurer ses grands dieux que jamais au grand jamais, il n'y aura privatisation, etc. etc.: cf. la fameuse phrase de Sarkozy sur GDF en 2004 ! - ici en vidéo), puis, souvent dans la plus grande discrétion, on vend de plus en plus de morceaux, petits bouts par petits bouts. Et enfin un jour, dans une brève à la radio, vous entendez que l'Etat ne va plus garder qu'une minorité de blocage voire carrément céder la totalité de ses parts.

   NB: dans ce processus qui dure une dizaine d'années, l'entrée d'opérateurs concurrents est souvent très tardive et une fois réalisée, on s'aperçoit que l'on reste au mieux dans le cadre d'une oligarchie avec tout ce que cela peut impliquer comme monopoles de fait (dans telle ou telle partie du territoire ou de la population) ou ententes illicites... bref, même du point de vue libéral pur et dur, on est loin de la "concurrence libre et non faussée".

  Qu'il n'y ait pas malentendu: je ne suis pas dogmatiquement contre les privatisations. L'Etat n'avait probablement pas grand chose à faire dans le domaine bancaire (sauf à garantir un compte bancaire et un livret pour tous) ou dans l'automobile. Mais comment considérer que l'électricité, le gaz ou le service de courrier sont des "marchés" comme les autres ! Les premières privatisations de 1986-87 nous ramenaient en 1980, les deuxièmes de 1993-95 puis en douce de 1997-2002 nous ramenaient vers 1945, mais celles qui s'annoncent vont nous donner des vertiges chronologiques (c'est drôle, c'est un peu partout comme ça: cf. démantèlement du code du travail déjà évoqué sur ce blog): Louis XI aurait inventé le service des postes, quant à l'Administration d'Etat des Postes, elle remonte comme institution au XVIIe siècle. La plupart des barrières d'octroi (considérons que la privatisation des autoroutes constitue une forme de rétablissement de celles-ci) ont été démantelées lors de la Révolution Française de 1789.... XVIIIe, XVIIe, XVe siècles: les compteurs de la régression explosent !

   (à suivre sur les conséquences concrètes de ces démantèlement en terme d'aménagement et de vie des territoires... ).


(1) Si quelqu'un a la référence précise, merci de me la redonner. Impossible de remettre la main dessus malgré mes recherches.
(2) Voilà pourquoi il serait trop facile de faire de la Commission européenne le bouc-émissaire de tous nos problèmes. Ce sont bien les Etats qui ont le mot de la fin même si quelques commissaires (proposés par les Etats) se comportent eux aussi en chiens enragés du néo-libéralisme.
Par fer - Publié dans : Economie
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