Mercredi 23 juillet 2008
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« Le PS doit s'interroger sur sa stratégie de parti d'opposition. Sa disqualification résulte de son incapacité à s'abstraire d'une forme d'anti-sarkozysme
pavlovien qui le conduit à s'opposer systématiquement à tout projet émanant du président de la République. Cette ligne de conduite est dangereuse et fait le jeu de celui qu'elle prétend
combattre. Elle nous éloigne des Français qui n'écoutent plus un parti réfugié dans une opposition caricaturale. Elle crédibilise un discours purement protestataire. Elle n'incite pas à rechercher
des solutions alternatives. Au moment où la France connaît des défis majeurs, les Français n'attendent pas seulement que le Parti socialiste dénonce une politique inefficace et injuste, mais qu'il
aide notre pays à surmonter ses difficultés...»
--- Extrait de la tribune publiée par les députés PS Christophe Caresche, Jean-Marie Le Guen, Gaëtan Gorce et Manuel Valls
dans Le Monde daté d'aujourd'hui. ---
La colère a beau être retombée, on a beau retourner et retourner ces phrases dans tous les sens,
relire les nombreuses critiques qui, depuis hier, viennent nous expliquer à longueur de blogs et de commentaires qu'il faut être constructif, ne pas sombrer dans le sectarisme (l'anti-sarkozysme
primaire) ou le politicianisme, savoir reconnaître les nombreuses avancées permises par cette réforme (
et jamais réalisées par la gauche quand elle était au pouvoir, rappellent perfidement
nos quatre députés en oubliant de préciser qu'en l'absence structurellement permanente de majorité au Sénat, la gauche n'a jamais rien pu faire voter quoi que ce soit en matière constitutionnelle
sans accord explicite de la droite).
Bref, on a beau se raisonner, il suffit de jeter un coup d'oeil sur les titres de la presse du jour pour voir revenir une colère irrépressible, instinctive, vitale,
une
saine colère comme dirait Ségolène Royal. Ce matin, ce serait par exemple
les menaces sur le prix
unique du timbre dans l'ensemble du territoire français (
prix unique qui remonte à 1849, excusez du peu !) ou surtout la
preuve définitive que
l'Etat sarkozyste a tout fait pour que Bernard Tapie puisse toucher 40 milions d'euros
nets pour "préjudice moral" (sic !).
Il y a des gens comme François Bayrou, héritier de la consensuelle et modérée Démocratie chrétienne, à qui il prend
des
envies de "casser la table" en entendant ça.
Et puis il y a des gens comme Manuel Valls qui nous expliquent qu'il ne faut pas se réfugier dans une
opposition caricaturale. Ce même Manuel Valls qui déclarait dans
un entretien au Figaro le 21 novembre
dernier :
" Face à la droite, nous devons nous opposer en trouvant le ton juste, contrôler l’action du gouvernement, mais aussi proposer. Nous pouvons faire un bout de chemin
avec la majorité, à condition qu’elle nous entende, sur des sujets qui peuvent faire consensus. Je pense aux moyens qu’il faut donner à la justice, à la lutte contre la criminalité ou
encore au dossier de l’immigration. "
Il va falloir que Manuel Valls nous explique en quoi "la lutte contre la criminalité" ou "le dossier de l'immigration" peuvent faire "consensus" ??!!?! Par charité pour lui, je ne
commenterai pas plus cette belle sentence.
Ce qui, pour moi, est un mystère, c'est comment des gens qui nous expliquaient avoir voté Chirac en 2002 en se bouchant le nez, viennent nous faire des leçons de modérantisme après un
an de Sarko-Lepénisme.
Car, encore une fois, Sarkozy n'est pas un homme de droite comme un autre. S'opposer à lui, cela ne signifie pas ne pas dialoguer avec ceux à droite (plus nombreux qu'on
imagine) qui ne se reconnaissent pas en lui. Je pense que, par son outrance, il fait éclater la grille de lecture traditionnelle "gauche/droite" et j'ose prétendre même que,
de Besancenot à Villepin, l'anti-sarkozysme possède un véritable socle commun minimal de valeurs positives.
Le discours de Manuel Valls, c'est un discours du renoncement, de l'acceptation, du "il n'y a pas d'autres solutions", du "Sarkozy est outrancier sur la forme mais le fond de sa
politique est correct", c'est le discours de l'obsession à crédibiliser "une gauche de gouvernement" qui, pour gagner, devrait être une copie bleu-pâle du programme UMP, un pansement socialiste sur
une jambe ultra-libérale.
J

e lis actuellement un
ouvrage remarquable (malgré quelques outrances) de l'essayiste Mona Chollet,
disponible
gratuitement sur internet et sur lequel je reviendrai sans doute, qui montre bien comment ce discours signifie une capitulation en rase campagne, une acceptation de la vision de la société et
de l'individu véhiculée par le sarkozysme.
Il est faux d'écrire, comme le font Valls et ses amis, que s'opposer frontalement, c'est être purement protestataire. La protestation n'empêche pas réflexion sur le moyen-long
terme.
Si j'osais une comparaison qui va faire hurler, la lutte implacable contre Vichy n'a pas empêché la résistance française d'établir
un programme ambitieux de réformes économiques et sociales.
Le PS prépare un congrès sur la table duquel se trouvent déposées 21 contributions pour un total de plus de 400 pages (
à lire ici en intégral pour les courageux). A la gauche de la gauche, on
réfléchit aussi beaucoup dans les réunions qui préparent la mise en place du futur NPA (
un ex. parmi d'autres). Des groupes moins connus
chez les Verts, au Modem (
un ex parmi d'autres) et dans
la droite gaulliste (
101 propositions du mouvement de Dupont-Aignan) débattent également.
Quelle caricature paresseuse d'écrire qu'il n'y a rien à proposer en alternative au sarkozysme ! Insupportable ces clichés véhiculés depuis la campagne de 2007 comme quoi
il n'y aurait pas d'idées ou de projets en France autre que celui de l'UMP "sarkozisée" !
PS: sur la réforme constitutionnelle, deux contributions de blogs de spécialistes qui montrent la timidité de la réforme (
Maître Eolas et
Ceteris Paribus) et un
point de vue socialiste bien argumenté qui en montre
l'inanité pratique.