Depuis quelques mois, ils n'étaient plus très fiers de leur traîtrise nos pieds-nickelés de l'ouverture sarkozyste: effacement médiatique relatif, discrédit du pouvoir exécutif et surtout
couleuvres - que dis-je - boas à avaler sans cesse: tests ADN, Khadafi, Françafrique, stigmatisations et casse sociales, Chine, Bachar... etc... etc... etc...
Mais on sait combien nos débauchés ont l'échine souple et la bouche flatteuse. Ils continuaient donc cahin-caha leur bonhomme de chemin. L'enjeu consistant à savoir qui de la
secte d'Eric Besson (
Les Progressistes) ou du groupuscule de Jean-Marie Bockel (
La Gauche Moderne) aurait l'insigne honneur de constituer le noyau dur du futur grand parti de la gauche sarkozyenne, gauche d'ailleurs en rude concurrence avec les
transfuges bayrouistes revenus au bercail, les
radicaux valoisiens de J-L Borloo et le pôle centriste de l'UMP cher à J-P Raffarin et visiblement à Christine Boutin (
son site intitulé "La droite humaine" (sic ! Y aurait-il
-horreur !- une droite inhumaine ?) vaut son pesant de cacahuètes).
Bref, les Français rivés à leur poste attendaient avec impatience le dénouement de cette compétition entre "réacs-humanistes", "centro-progressistes" et "gaucho-modernistes",
tous bien-sûr garantis 100% "sarko-compatibles".
Quel suspens insoutenable !!
Et puis il aura suffi du vote récent au Congrès et de la défaite (objectivement relative mais médiatiquement énorme: et c'est cela qui compte) des anti-sarkozystes pour les voir
ressurgir et mieux encore pour voir émerger de nouveaux supplétifs du pouvoir, et cela au sein-même du Parti socialiste.
C'est actuellement un vrai festival.
En allant de droite à gauche, on a d'abord eu l'UMP appelant à la démission du secrétaire-général du PS (de quoi je me mêle?), Sarkozy lui-même condamnant
"le PS le plus sectaire d'Europe" (ndlr: un bon
socialiste pour Sarkozy est un socialiste mort ou étranger), des blogueurs dits z-"influents" de droite reprenant l'antienne qui du "
parti sectaire", qui de son "
opposition non constructive", qui des
"
roquets de l'anti-sarkozysme". Très énervant mais classique (en tout cas depuis deux ans, depuis que la modernité et le mouvement ont
été indûment préemptés par la droite sarkozyste).
Plus culottées: les sorties de nos gaucho-sarkozystes sur l'air de: "vous voyez bien que j'avais raison !".
Bernard Kouchner: "La plus grande réforme dont le pays aurait besoin est celle du
PS".
Jean-Marie Bockel:
"Le PS a fait son temps.
La gauche doit savoir tourner la page !" Pour un type dont la motion recueillait 1% des voix des adhérents quand il était membre du PS, avouez que c'est gonflé ! Pour enfoncer le clou: il
annonce même un livre au titre explicite:
Avoir raison trop tôt, est-ce un grand tort ? (soupir... ). No comment.
Et puis, il y a aussi les têtes qui ressortent du bois: elles n'avaient pas encore osé franchir le Rubicon, elles ne l'ont toujours pas franchi d'ailleurs. Mais, gaffe, elles
pourraient bien le faire et on va voir ce qu'on va voir !
Djack persiste, signe et
va même à la téloche pour menacer ceux qui lui demanderaient des comptes.
Quant à Baylet, non seulement il ne fait pas profil bas mais "il se fâche contre le PS" :
"Nous ne sommes pas les esclaves du PS" déclare-t-il au
Parisien en bombant le torse.
Et enfin, on découvre de nouvelles pommes pourries au sein même des cadres de l'actuel Parti socialiste: un quarteron de députés autour de Manuel Valls dont on a déjà dit
ici et
ici ce qu'on pensait de leur initiative. Aujourd'hui, à
l'occasion d'un opportun sondage (bidon, vu la quantité de non-réponses) qui accorde un soutien chez les Français à 53% pour Djack, Gaëtan Gorce (un des quatre futés)
remet ça: il dénonce une direction du parti qui se serait
"enfermée dans une
stratégie d'opposition frontale".
Outre le fait que, sur ce point précis de la réforme constitutionnelle, ce qu'il écrit est complètement faux (
comme l'ont très bien argumenté certains), on ne peut que se demander très
sérieusement à quel jeu jouent M. Gorce et consorts ? S'agit de préparer un Congrès de Reims qui ouvrirait la voie à un social-libéralisme mou, à une version
soft du sarkozysme ? Y
aura-t-il une majorité de militants pour approuver ça ??
Mais laissons le dernier mot de cette triste litanie au pourfendeur de mammouths, Claude Allègre, qui signe un article dans
Le Point de cette semaine sous le titre:
Et si Sarkozy avait raison ? (un peu comme Bockel, il aime
bien la formule interrogative destinée à instiller le doute dans l'esprit des sales gauchistes que nous sommes...).
Et Allègre de s'extasier longuement du retour, grâce à Sarkozy, du
"courage en politique" (!).
Eh oui, après tout, s'il avait raison ? Oui, après tout...
Après tout...
"Après tout, les rhinocéros sont des créatures comme nous, qui ont le droit à la vie au même titre que nous !"
-- Eugène Ionesco,
Rhinocéros, Acte II --
PS: Quelqu'un sait-il qui est ce nouveau clône, adepte du "cercle de la raison", alias Michel Noblecourt
qui vient de torcher cette
Opinion dans Le Monde d'aujourd'hui dans laquelle il compare finement le vote Non au Référendum de 2005 avec le vote Non anti-Sarkozy de lundi pour mieux le traîner dans la boue ?!
Photo: Oui je sais, c'est la même que là, juste en un peu plus grand... Espérons qu'il ne faudra pas bientôt un
A4!