
Il le sait parfaitement donc il ne veut surtout pas abandonner cet aspect (interdiction absolue de parler de rigueur !) qui convient à sa nature de fonceur, à
son ego démesuré (aah ! Monter sur les estrades en bras de chemise pour haranguer en bleu de travail les ouvriers intimidés et vaguement flattés, quel pied !) et à
ses appétits de “triangulation” (i.e. phagocyter la gauche en captant ses thématiques de prédilection).
Gros problème: ce volontarisme à l’ère de la mondialisation et des contraintes de l’Union Européenne brasse
essentiellement de l’air -- EDIT: confirmation encore aujourd'hui dans cet article de Marianne -- (et je ne m'en réjouis pas forcément mais ce
serait le sujet d'un autre billet), ce que Sarkozy masque par une utilisation habile du temps médiatique et par divers stratagèmes type “écrans de fumée”, “bouc-émissaires”, mesures de peu
de portée présentées comme la panacée, etc... Daniel Schneidermann a joliment nommé cela des "fumigènes".
2) A côté de ce moulin à paroles et à vent, de nombreux responsables de l’UMP, à commencer par François Fillon, sont convaincus de la nécessité d’une "thérapie"
néo-libérale de choc pour la France: droit du travail, système de santé, éducation, services publics démantelés ou privatisés… Ce programme commence à être voté à marche forcée cet été.
J'en ai parlé ici et ici mais pas suffisamment. Sur la
question du droit du travail, le sénateur Mélenchon a très bien montré sur son blog comment on vient d'assister à un
renversement historique de la hiérarchie des normes, le contrat devenant supérieur à la loi, ce qui nous ramène avant Le Front Populaire !
3) Enfin, il y a du conservatisme à l’ancienne chez Sarkozy :
La sécurité, l’Ordre sous toutes ses formes (vieux slogan de la droite depuis les origines) y compris en expulsant les sans-papiers (ce qui donne des gages à une droite plus
extrême),
Conservatisme aussi en se faisant le relais discret des intérêts de la haute-bourgeoisie et des riches en général.
A noter que ces positions sont parfois en contradiction totale avec le néo-libéralisme du point 2: ainsi en est-il de la suppression des droits de succession ou du refus d'ouvrir les
vannes de l'immigration de travail bon marché.
Pour résumer: le noyau actif du sarkozysme me semble essentiellement constitué par les points 2 et 3.
Après un examen superficiel, le point 1 paraît relever plus de l'esbrouffe que d'autre chose mais il reste décisif car il permet de faire passer plus facilement les deux
autres en détournant l'attention.
Comme ce volontarisme visant à masquer l'impuissance n'est fait que de mots, la question de la domination par le langage constitue, à mon sens, un pilier fondamental
de l'édifice sarkozyste: tant que les sarkozystes continueront à imposer leurs mots sur la réalité, ils resteront maîtres du jeu politique.