Mardi 29 juillet 2008

    Y a-t-il une doctrine sarkozyste cohérente ? Que se passe-t-il à droite depuis 2004, date de la prise de pouvoir par Sarkozy à l'UMP ?

    Toute le monde se pose sans cesse la question. Les ouvrages se multiplient, plus ou moins polémiques. Sans prétendre à les concurrencer, je voudrais moi aussi proposer quelques premières pistes à la réflexion, à partir d'un commentaire publié sur un blog z-influent de droite.


   D'abord, toute réponse ne peut être que provisoire.

   Sarkozy est un pragmatique, bon tacticien mais stratège médiocre, au corpus idéologique peu cohérent, probablement assez primitif.  On sent affleurer assez souvent les pulsions profondes du personnage : fascination pour les valeurs d'une Amérique kitschisée, religiosité récurrente mais peu structurée, mépris pour la haute culture, etc. etc. Je n'y reviens pas, j'ai déjà dit ici la profonde détestation que m'inspire l''individu.

   Réponse provisoire aussi parce que le sarkozysme est mouvant, insaisissable, volontairement contradictoire et rigoureusement inscrit dans le temps présent. Quand il veut donner des perspectives à long terme, Sarkozy sombre dans le grotesque.
    Qui se rappelle encore de la fameuse "Politique de Civilisation" brandie à Nouvel An ?


  Essayons tout de même de déterminer quelques éléments fondamentaux quitte à devoir les préciser dans des billets ultérieurs :


   1) La clé de la victoire de Sarkozy est évidemment le volontarisme néo-bonapartiste “à la Guaino” (Merci les ouvriers des Ardennes !) .

    Il le sait parfaitement donc il ne veut surtout pas abandonner cet aspect  (interdiction absolue de parler de rigueur !) qui convient à sa nature de fonceur, à son ego démesuré (aah ! Monter sur les estrades en bras de chemise pour haranguer en bleu de travail les ouvriers intimidés et vaguement flattés, quel pied !) et à ses appétits de “triangulation” (i.e. phagocyter la gauche en captant ses thématiques de prédilection).
   Gros problème: ce volontarisme à l’ère de la mondialisation et des contraintes de l’Union Européenne brasse essentiellement de l’air -- EDIT: confirmation encore aujourd'hui dans cet article de Marianne --  (et je ne m'en réjouis pas forcément mais ce serait le sujet d'un autre billet), ce que Sarkozy masque par une utilisation habile du temps médiatique et par divers stratagèmes type “écrans de fumée”, “bouc-émissaires”, mesures de peu de portée présentées comme la panacée, etc... Daniel Schneidermann a joliment nommé cela des "fumigènes".


    2) A côté de ce moulin à paroles et à vent, de nombreux responsables de l’UMP, à commencer par François Fillon, sont convaincus de la nécessité d’une "thérapie" néo-libérale de choc pour la France: droit du travail, système de santé, éducation, services publics démantelés ou privatisés… Ce programme commence à être voté à marche forcée cet été. J'en ai parlé ici et ici mais pas suffisamment. Sur la question du droit du travail, le sénateur Mélenchon a très bien montré sur son blog comment on vient d'assister à un renversement historique de la hiérarchie des normes, le contrat devenant supérieur à la loi, ce qui nous ramène avant Le Front Populaire !

 

    3) Enfin, il y a du conservatisme à l’ancienne chez Sarkozy :
   La sécurité, l’Ordre sous toutes ses formes (vieux slogan de la droite depuis les origines) y compris en expulsant les sans-papiers (ce qui donne des gages à une droite plus extrême),
  Conservatisme aussi en se faisant le relais discret des intérêts de la haute-bourgeoisie et des riches en général.
  A noter que ces positions sont parfois en contradiction totale avec le néo-libéralisme du point 2: ainsi en est-il de la suppression des droits de succession ou du refus d'ouvrir les vannes de l'immigration de travail bon marché.

 

   Pour résumer: le noyau actif du sarkozysme me semble essentiellement constitué par les points 2 et 3.

    Après un examen superficiel, le point 1 paraît relever plus de l'esbrouffe que d'autre chose mais il reste décisif car il permet de faire passer plus facilement les deux autres en détournant l'attention.
     Comme ce volontarisme visant à masquer l'impuissance n'est fait que de mots, la question de la domination par le langage constitue, à mon sens, un pilier fondamental de l'édifice sarkozyste: tant que les sarkozystes continueront à imposer leurs mots sur la réalité, ils resteront maîtres du jeu politique.


      Pour conclure, à titre très provisoire et dans un esprit volontairement polémique, je propose de qualifier le sarkozysme de "national-libéralisme".


   De toute façon, l'exercice du pouvoir le transforme peu à peu et bien malin celui qui sait où cela finira.

    Certains (comme Pierre Moscovici l'hiver dernier) ont prédit un raidissement progressif autour des valeurs sécuritaires et identitaires, une évolution à la Bush en quelque sorte.

    A voir ce qui s'est passé aux Etats-Unis en 2004, rien ne dit que cette inflexion ne sera pas gagnante en 2012.


Jeu: quel émule de Salvador Dali a peint l'oeuvre hallucinée et hallucinante qui illustre ce billet ?
Par fer - Publié dans : Politique
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