Mardi 26 août 2008

   Comme les pierres polies par les eaux, les mots s'usent.

   Surtout si on les utilise à tort et à travers.

 

   Prenons le mot « terroriste ».

 

   Passons sur le sens originel né sous la Terreur jacobine qui ne correspond que partiellement à la signification ultérieure.

 

   Non, le mot au sens actuel naît vraiment dans la 2e moitié du XIXe siècle.

 

   Des anarchistes et nihilistes russes inventent un nouveau mode d'action : désespérant d'un soulèvement de masse dans une population russe qu'ils jugent amorphe, sujets à leurs propres rêveries morbides, ils inventent l'attentat spectaculaire, sanglant, « terrifiant ».

 

   Le mot « terrorisme », concept forgé par les médias de masse naissants avides de sensationnalisme, renvoie à un crime particulièrement odieux, parfois absurde (cf. l'assassinat de l'Impératrice Sissi choisie « au hasard » par un anarchiste italien), que, dans tous les cas, la presse ne comprend pas, pas plus que ses auteurs assimilés à des fous dangereux et marginaux.



   Naturellement, cette assertion est, dès l'origine, contestable.

 

   Assassiner le Tsar Alexandre II n'est pas un acte purement gratuit. C'est une action certes extrémiste mais aux finalités éminemment politiques et déterminables : la fin de l'autocratie, la destruction des classes dominantes, l'égalitarisme, etc.


 

 

   L'utilisation de ce mot va néanmoins dégénérer quand les Etats et les Dominants en général vont commencer à l'employer pour disqualifier leur adversaire plus faible.


 

   Cas emblématique pour nous Français : la propagande allemande et vichyste pendant la Deuxième Guerre mondiale.

 

   Les Résistants sont des terroristes ; Guy Môquet, notre nouvelle icône nationale, est un jeune terroriste, « bolchevik » de surcroît. Avant 2001, jamais le mot n'aura autant été utilisé en France qu'entre 1940 et 1944.

 

 

   Et puis vint justement ce fameux 11 septembre 2001. Acte terroriste indiscutable. Presque un cas d'école.

 

   Hélas, Bush et sa clique guidés par leur idéologie manichéenne et messianique n'ont pas tardé à user et abuser du mot à un point jamais atteint jusqu'alors.

 

   Terroristes évidemment Ben Laden et les quelques centaines d'hallucinés saoudiens marginaux, traqués par les armées américaines dans les grottes des montagnes afghanes.

 

   Terroriste sans doute le gouvernement des Taliban à Kaboul qui les laissa s'égayer sur son sol.

 

   Terroristes peut-être les chefs Pachtounes de la frontière pakistano-afghane qui cachent et protègent Ben Laden et les dignitaires taliban.

 

 

   Mais...

 

   Terroriste l'Irak de Saddam Hussein, Etat fort peu sympathique certes, mais qui a bien dû se demander en 2003 ce qu'il venait faire dans cette galère au côté d'un type (Ben Laden) qui n'avait cessé de le vomir jusque là ??

 

   Terroristes vraiment les éleveurs de chèvre afghans qui ne supportent plus les armées de l'OTAN, énièmes armées étrangères à fouler au pied leur indépendance et qui n'ont jamais fourni l'aide financière, les écoles, les dispensaires, les infrastructures qu'elles avaient promis à leur arrivée ???!

 

   Terroristes les participants à un mariage villageois, pour la plupart des femmes et des enfants, écrasés en juillet « par erreur » par les bombes américaines ?!?!?! - charmant faire-part ! -

 

   Terroriste la guérilla pachtoune (pleine sans doute d'ex-éleveurs de chèvre ou peut-être aussi de veufs ou d'orphelins de retour de noce rouge) qui a dézingué nos pauvres petits gars la semaine dernière ??

 

 

  Et les Tchétchènes humiliés, massacrés, violés par les Russes: terroristes ?

 

  Les Palestiniens enfermés dans Gaza comme des animaux dans un vieux zoo sordide: terroristes ?

 

  etc. etc. etc.

 

 

  Moins la guerre est légitime, plus le mot « terroriste » se répand et contamine le discours politique qui dégénère en propagande comme aux beaux jours de la 2e Guerre Mondiale ou de la Guerre du Viêt-Nam (« guerre - rappelez-vous - contre le « communisme international » dixit Nixon comme celle d'Afghanistan serait la « guerre contre le terrorisme international » dixit Sarkozy).

 

 

   Bref, on lira donc avec un profond dégoût la comparaison indécente que vient de faire Sarkozy hier matin à l'occasion de la cérémonie du souvenir du massacre des habitants de Maillet par l'armée allemande le 25 août 1944. Je cite:

           « à l'aune du "souvenir tragique" de ce massacre, on comprend mieux (...) ce que veut dire la civilisation et pourquoi il faut la défendre quand elle se trouve confrontée à la barbarie la plus totale. Je pense notamment au sacrifice de nos dix jeunes soldats face à ces barbares moyenâgeux, ces terroristes que nous combattons en Afghanistan ».

 

 

   En 1944 justement, les Terroristes, ce n'étaient pas les SS ou la Wehrmacht mais, selon la propagande officielle, les résistants français voire tous les Français qui s'opposaient aux occupants ou à Vichy .

 

 

  Voilà pourquoi, sans le savoir, nous avons été, sommes ou serons probablement un jour tous les terroristes de quelqu'un.


Par fer - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

votez pour cet article :

  

Journaux, Abonnement

Paperblog





 
Add to Technorati Favorites


Ajoutez ce blog à votre agrégateur




http://www.wikio.fr


Fils type RSS

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus